Les crêtes vosgiennes : un trait d’union panoramique

Parcourir les crêtes vosgiennes en Alsace, c’est s’offrir plus qu’un voyage : une immersion sur la colonne vertébrale du pays, là où la Lorraine bascule vers l’Alsace, avec l’horizon pour repère et le vent pour compagnon. Si, pour beaucoup, ce sont les villages fleuris de la plaine ou la douceur des vignobles alsaciens qui viennent à l’esprit, la magie des Hautes Vosges révèle une toute autre Alsace, abrupte, ondoyante et libre. Mais quelle route suivre pour traverser ces crêtes, entre sommets et vallées, forêts et tourbières, auberges cachées et histoires marquées par le passage du temps ?

La Route des Crêtes : le fil d’or des montagnes

Une traversée emblématique des Hautes Vosges côté alsacien, c’est d’abord la Route des Crêtes, un ruban de bitume de 77 kilomètres, créé pendant la Première Guerre mondiale à des fins stratégiques, devenu l’un des grands itinéraires panoramiques de l’Est de la France (Source : routedescretes.fr). Elle relie Sainte-Marie-aux-Mines au nord à Cernay au sud, tout en ondulant près de la ligne de crête, offrant des points de vue spectaculaires sur la plaine d’Alsace, la Forêt Noire et, par temps clair, les Alpes bernoises.

  • Longueur : 77 km
  • Dénivelé : entre 900 et 1400 m d’altitude
  • Période d’ouverture : de mai à novembre (fermée en hiver pour cause d’enneigement)
  • Points phares : col du Bonhomme, lac Blanc, Gazon du Faing, col de la Schlucht, Hohneck, Markstein, Grand Ballon

La Route des Crêtes est à la fois facile d’accès et riche en détours, ponctuée de belvédères et de haltes typiques. Elle épouse le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, zone classée et protégée couvrant près de 3 000 km² (parc-ballons-vosges.fr).

Étapes et paysages : un voyage en atlas vivant

Faire la Route des Crêtes, c’est découvrir un relief modelé par le temps, les glaciations et l’homme, mais aussi une grande diversité de milieux naturels. Plusieurs arrêts s’imposent pour saisir le souffle du lieu :

  • Col du Bonhomme (949 m) : Porte d’entrée nord de la route, carrefour historique entre Lorraine et Alsace.
  • Lac Blanc (1 050 m) : Glaciaire et mystique, perché au-dessus de la vallée de Kaysersberg, connu pour ses éboulis et sa réserve naturelle riche en tourbières.
  • Gazon du Faing : Hauts-plateaux couverts de landes et de linaigrette, classés réserve naturelle, repère des randonneurs et des chamois.
  • Col de la Schlucht (1 139 m) : Un des cols les plus célèbres, carrefour entre randonnées et sports de montagne, point de passage du GR5.
  • Le Hohneck (1 363 m) : Troisième sommet des Vosges, panorama saisissant à 360°, haut-lieu du pastoralisme.
  • Markstein : Station de sports d’hiver et de randonnée, réputée pour ses chaumes fleuries et ses prairies d’altitude.
  • Grand Ballon (1 424 m) : Point culminant du massif, accessible par une bretelle de la route, vue impressionnante sur les Alpes et l’ensemble du Jura.
  • Cernay : Extrémité sud de la route, porte d’entrée de la vallée de la Thur.

En voiture, à vélo ou à pied : choisir sa traversée

La Route des Crêtes se parcourt de différentes manières, selon les envies, la saison, le niveau sportif ou l’ambition du voyageur. Chaque mode de déplacement dessine une expérience unique :

  • En voiture ou moto : La route est fréquentée par les automobilistes et motards, en particulier le week-end et lors des vacances d’été. La circulation y est fluide en semaine, mais il faut rester prudent : certains virages sont serrés, la visibilité souvent réduite par le brouillard. Plusieurs parkings jalonnent la route pour s’arrêter admirer les points de vue ou se restaurer dans les fameuses fermes-auberges.
  • À vélo : La Route des Crêtes constitue une étape mythique pour les cyclistes de route expérimentés. On estime que l’ascension cumulée depuis Sainte-Marie-aux-Mines jusqu’au Grand Ballon dépasse les 2 300 mètres de dénivelé positif (cyclingcols.com). Elle est empruntée régulièrement par le Tour de France et autres événements.
  • À pied : De nombreux sentiers (GR5, GR531, GR532) serpentent le long ou à proximité de la route, permettant une approche plus sensible, au contact direct avec la faune (chamois, faucons, busards, cigognes noires) et la flore (myrtilles, jonquilles, gentianes).

Pensez à l’alternative des navettes :

Durant l’été, une navette appelée Navette des Crêtes relie Munster, Markstein et les sommets, facilitant la découverte sans voiture. Idéal pour les randonneurs souhaitant ne marcher que dans un sens ou relier plusieurs étapes à la journée. Plus d’informations sur navettedescretes.fr.

Les fermes-auberges : halte gourmande et hospitalité montagnarde

Impossible d’évoquer les crêtes sans parler des fermes-auberges, véritables institutions où l’on déguste repas marcaire (tourte, röstis, munster, siasskass) et produits du terroir au cœur des alpages. On en recense une vingtaine entre le nord et le sud de la route, souvent liées au réseau Ferme Auberge du Haut-Rhin. Elles constituent l’un des meilleurs moyens de ressentir l’identité montagnarde et de rencontrer les agriculteurs.

Trésors cachés et détours secrets

  • Le sentier des Roches : Entre le col de la Schlucht et le Frankenthal, un passage impressionnant, taillé dans la falaise, à réserver aux marcheurs aguerris (environ 6 km aller/retour, passage parfois glissant, randonneurs équipés recommandés – Source : Club Vosgien).
  • La tourbière de Machais : Située au-dessus du lac de Retournemer, l’une des plus grandes zones humides d’altitude des Vosges.
  • Le Hohneck au lever du soleil : Expérience inoubliable avec vue sur les Alpes si le ciel est dégagé.
  • L'abri des Trois Fours : Refuge emblématique pour une nuit en montagne, accessible pour les randonneurs.
  • Les lacs glaciaires : Outre le Lac Blanc, les lacs Noir, Vert, de la Lande ou du Fischboedle valent le détour.

Traverser les crêtes, c’est aussi traverser l’Histoire

La Route des Crêtes se distingue par son histoire singulière : elle fut construite entre 1914 et 1918, par l’armée française, pour relier les positions alliées au sommet de la montagne, alors ligne de front entre la France et l’Empire allemand. On croise encore de nombreux vestiges de la Grande Guerre : abris, casemates, monuments aux morts, stèles, comme le monument du Linge ou la nécropole du Wettstein (cheminsdememoire.gouv.fr). Sur certaines portions, la route épouse même la frontière d’alors, rappelant ce passé frontalier et tourmenté.

Conseils pratiques pour une traversée réussie

  • S’informer sur l’état de la route : La neige ou les travaux peuvent entraîner des fermetures locales : consulter inforoute.alsace.eu
  • Prendre le temps : Privilégier la randonnée sur une ou plusieurs portions, passer la nuit dans une auberge ou un refuge pour ressentir la montagne sans se presser
  • Batteries & réseau : Certains secteurs sont dépourvus de signal mobile et de prises de recharge, bien prévoir son équipement
  • Prévoir des vêtements adaptés : Les conditions météo changent vite sur la ligne de crête (écart de plus de 10°C possible entre la vallée et les crêtes en été)
  • Respecter la faune et la flore : Observer la faune à distance, ne pas cueillir les fleurs protégées ni sortir des sentiers balisés

Autres itinéraires pour les curieux : variantes et itinéraires thématiques

  • Le GR5 (Sentier de Grande Randonnée n°5) : Il longe ou croise la Route des Crêtes, reliant Wissembourg à Nice, traversant intégralement les Vosges en suivant les crêtes.
  • La Traversée des Hautes-Vosges à ski ou raquettes : En hiver, l’itinéraire est praticable uniquement à pied ou à ski de randonnée, une ambiance nordique garantie.
  • La Route Joffre : Variante historique par les cols de Sainte-Marie, Sainte-Marie-aux-Mines et du Bonhomme, avec de nombreux points d’intérêt mémoriels.
  • Circuits à vélo & VTT : Plusieurs itinéraires balisés existent, dont le circuit « la vallée de Munster-les Crêtes » (60 km/1500 m D+), pour cyclistes aguerris (voir tourisme-alsace.com).

Approcher les crêtes vosgiennes autrement : vignes, forêts et ciels ouverts

La traversée des crêtes vosgiennes prend sens aussi par ses contrastes lorsque l’on redescend vers la plaine : villages vignerons de la Route des Vins, forêts profondes du Taennchel ou du Val d’Argent, transition du granit vers le grès, du pâturage vers la vigne. Les crêtes s’inscrivent comme la frontière entre le ciel et la terre, la Lorraine et l’Alsace, mais c’est avant tout un chemin d’exploration ouvert, où chaque détour réserve une surprise, chaque halte une rencontre.

Pour préparer cette aventure, il est recommandé de consulter les sources officielles (sites des offices de tourisme des Hautes Vosges, site du Parc naturel régional des Ballons des Vosges, Club Vosgien, etc.) et de se laisser porter, le long du chemin, par ce que la montagne aura à offrir, entre nature, culture et patrimoine vivant.

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