L’Alsace côté montagnes : reliefs, défis et diversité

On associe trop souvent l’Alsace à ses villages de carte postale et à la douceur de sa Route des Vins. Pourtant, son vrai relief reste intimement lié à la chaîne des Vosges, qui occupe près du tiers sud-ouest du territoire. Depuis les forêts du Sundgau au sud jusqu’aux portes des Hautes-Vosges, la diversité des parcours et des panoramas séduit cyclistes chevronnés et familles en quête d’aventure modérée.

  • Plus de 2 500 km d’itinéraires cyclables, dont 700 km de véloroutes et voies vertes (Source : Alsace à Vélo)
  • Des cols mythiques avec des dénivelés de 400 à 1 200 mètres, certains classés dans les grandes étapes du Tour de France
  • La présence de réseaux balisés permettant toutes les pratiques : VTT, vélo de route, gravel

Derrière chaque courbe, l’histoire affleure : fortifications, anciennes routes forestières, vestiges militaires et forges artisanales jalonnent ces itinéraires. À l’automne, sur les crêtes, la migration des grands oiseaux s’observe à l’occasion d’une pause sur le vélo. Au printemps, c’est un festival d’anémones et de jonquilles qui accueille le cycliste matinal.

Col du Grand Ballon : la sentinelle du Massif des Vosges

Point culminant des Vosges à 1 424 m, le Grand Ballon attire chaque année des milliers de cyclistes, tous niveaux confondus. Plusieurs itinéraires mènent au sommet, mais le plus emblématique démarre à Cernay (Alt. 300 m), suit la Route des Crêtes et propose un dénivelé positif de près de 1 200 mètres sur 23 km.

La montée, exigeante mais régulière, traverse une succession de paysages contrastés : vignoble en départ, puis hêtraie, prairies d’estive et enfin les pelouses d’altitude. Les 28 virages de la route, réaménagée après la Première Guerre Mondiale, témoignent de l’ingénierie alsacienne et font du Grand Ballon l’un des passages favoris des cyclosportifs locaux et internationaux. Selon les chiffres officiels (source : Collectivité européenne d’Alsace), jusqu’à 30 000 cyclistes empruntent la montée chaque année, la majorité entre avril et octobre.

  • Pente moyenne : 5,2 %
  • Accès également possible depuis Willer-sur-Thur (plus court, plus raide), ou via Guebwiller / Soultz (plus panoramique)
  • Cafés et points d’eau sur le parcours, notamment au Col Amic et au sommet

Ballons des Vosges : crêtes panoramiques, ambiance « grand nord »

Entre le Hohneck, le Markstein et le Petit Ballon, le massif offre une diversité d’itinéraires adaptés aux amoureux de panoramas spectaculaires et de longues distances. La traversée de la Route des Crêtes, longue de 77 km, relie Cernay à Sainte-Marie-aux-Mines et offre une véritable immersion sur la ligne de partage des eaux, entre Alsace et Lorraine.

  • Le Hohneck, troisième sommet des Vosges (1 363 m), accessible depuis Munster (montée de 22 km, 900 m de dénivelé positif)
  • Le Markstein, station de sports d’hiver renommée, propose plusieurs boucles dont une très prisée par les VAE/VTC, via la vallée de Guebwiller
  • Le Petit Ballon (1 272 m) : plus confidentiel, accessible depuis Wasserbourg ou Munster, route parfois gravillonneuse mais magique au lever du soleil

À l’aube, la mer de nuages sur la plaine d’Alsace se révèle saisissante. Parfois, les chamois traversent la route, entre prairies et chaos rocheux. L’absence quasi totale de circulation sur certaines portions, surtout tôt le matin ou en fin de saison, garantit des moments d’immersion rares. Les plus aguerris tenteront la boucle « 3 ballons » au départ de Thann, un parcours exigeant réservé à ceux en bonne condition physique.

Véloroutes, voies vertes et alternatives familiales en montagne

Si la montagne évoque souvent la performance, l’Alsace n’oublie pas les familles et cyclotouristes paisibles. Plusieurs itinéraires « doux » ménagent un accès progressif à l’altitude, avec pour promesse le plaisir du regard plus que la performance.

  • La Véloroute du vignoble d’Alsace (EuroVelo 5) : 140 km de Marlenheim à Thann, elle épouse les premiers contreforts, offrant des panoramas sur le massif sans pente excessive. Les détours à Barr, Kaysersberg ou Eguisheim valent la halte.
  • Vallée de la Bruche / Voie Verte du canal de la Bruche : un tracé historique de 27 km reliant Strasbourg à Molsheim puis graduellement à la vallée de la Bruche (et jusqu’au col de Saales). Alternance d’ambiances urbaines, forêts alluviales, et premiers massifs granitiques.
  • La voie verte Guebwiller — Soultz — Cernay : idéal pour une première approche, accessible aux enfants, jonction possible vers d’autres sentiers en pied de montagne.

De nombreux offices du tourisme proposent à la location des VAE (vélos à assistance électrique), outil devenu précieux pour mieux profiter des pentes vosgiennes en limitant la fatigue. Ces modes doux ouvrent la montagne au plus grand nombre, tout en préservant l’effort physique et la magie des paysages traversés.

Circuits secrets et routes oubliées : explorer différemment

À côté des grands axes, une ribambelle de petites routes départementales sinue entre prés, vergers et sous-bois. Ici, le calme est roi, et les rencontres authentiques avec habitants ne sont pas rares.

  • Le tour du Lac de Kruth-Wildenstein : 12 km seulement, mais belle variété de paysages, possibilité de grimper jusqu’au château du Wildenstein ou de poursuivre vers le Col d’Oderen
  • Du côté du Val d’Argent : la montée à la chapelle Ste-Marie-aux-Mines, à travers l’ancienne vallée minière, dévoile un patrimoine industriel et religieux méconnu
  • La montée d’Aubure : plus haute commune d’Alsace (800 m), route souvent déserte, points de vue sur la plaine au loin et passage obligé pour les amateurs de forêts silencieuses

Sur ces chemins moins fréquentés, pas ou peu de voitures, une invitation à prendre le temps : il n’est pas rare de croiser producteurs de munster, apiculteurs ou vieux lavoirs. Prenez garde à l’absence de commerces : l’autonomie (gourde, en-cas, kit de réparation) y est de rigueur.

Périodes et conseils : quand et comment pédaler en montagne alsacienne ?

  • Meilleure période : De mai à fin octobre. Les mois d’avril et de novembre peuvent, selon les années, être rendus impraticables par la neige ou le froid sur les crêtes.
  • Attention aux vents (notamment sur la Route des Crêtes) et aux orages d’été, parfois très soudains. Penser à vérifier la météo avant toute sortie prolongée.
  • Signalétique : Les itinéraires sont balisés par la Fédération Française de Cyclotourisme ou en jaune-vert pour les sentiers VTT (source : FFCT, sites des Communautés de Communes et Alsace à Vélo).
  • Points d’eau / restauration : Certains cols disposent de fermes-auberges (ouvertes principalement d’avril à octobre), parfaites pour goûter tarte aux myrtilles et bibeleskaes.
  • Transports : De nombreuses gares (Colmar, Mulhouse, Munster) proposent un accès direct aux vallées vosgiennes et trains acceptant les vélos (TER). Des navettes estivales desservent même certains cols le week-end.

Portraits croisés : cyclistes et habitants, la montagne partagée

Ici, la montagne n’est pas qu’un décor : elle se vit, se raconte et se partage. Sur les hauteurs de Metzeral, il n’est pas rare de croiser Gilbert, ancien garde forestier, qui salue les petits groupes à vélo avant de leur indiquer la source la plus proche. Beaucoup d’aubergistes adaptent leurs horaires aux escales cyclistes – soupes à l’oignon, tartes ou stöffala servis parfois bien après l’heure officielle de fermeture.

Depuis 2012, plusieurs manifestations populaires rassemblent passionnés et curieux sur les sommets, dont l’événement « Montée du Grand Ballon, route réservée aux cyclistes » qui ferme la route aux véhicules motorisés un dimanche de juin (plus de 2 000 participants chaque année selon L’Alsace).

Les clubs locaux, ouverts aux visiteurs, proposent des sorties guidées pour tous niveaux, véritables clés d’entrée vers des itinéraires parfois mal indiqués ou des histoires oubliées. Depuis la crise du Covid-19, le nombre de cyclotouristes s’est accru de près de 25 % sur les routes de montagne alsaciennes (source : Conseil régional Grand Est, données 2022).

Des sommets… à hauteur de guidon

Sur ces routes, à la fois exigeantes et hospitalières, la montagne alsacienne révèle ses plus beaux atours. Entre cols mythiques, circuits secrets, panoramas d’altitude et haltes gourmandes, c’est une invitation à la découverte – celle d’un territoire à la fois sauvage et profondément humain, où chaque coup de pédale rapproche un peu plus du cœur battant des Vosges.

Envie d’aller plus loin ? Les guides des Offices de Tourisme, la carte « Alsace à vélo » et les collectifs locaux seront des alliés précieux pour préparer ses parcours… et pour ne pas en rester là. Car en Alsace, chaque montée appelle une nouvelle échappée.

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