La Route des Vins à vélo : tout un patrimoine en mouvement

Créée en 1953, la Route des Vins d’Alsace relie aujourd’hui plus de 70 villages vignerons et 450 producteurs, connue comme l’une des plus anciennes routes œnotouristiques de France (Alsace du Vin). Depuis une quinzaine d’années, la montée en puissance du vélo, portée par la création d’infrastructures adaptées comme la Véloroute du Vignoble (EuroVelo 5), a renouvelé l’approche de ce territoire. Les chiffres sont révélateurs : chaque année, près de 410 000 cyclotouristes profitent des voies balisées de l’Alsace (source : Comité Régional du Tourisme Grand Est), et la Région revendique plus de 2 500 km d’itinéraires cyclables entretenus. Sur la Route des Vins, ce sont plus de 130 km aménagés, jalonnés de signalétiques claires, de points d’eau et de stations de réparation sur l’axe principal.

Itinéraires principaux : trois grandes façons de traverser la Route des Vins à vélo

1. L’intégrale du Vignoble, de Marlenheim à Thann

Pour celles et ceux qui rêvent de la traversée dans sa forme la plus pure, l’intégrale de la Route des Vins à vélo promet un voyage immersif de près de 170 km. Ce tracé épouse fidèlement les contours de la fameuse Route touristique, mais longe aussi la Véloroute du Vignoble (balisée Véloroute 5 – EuroVelo 5). Le parcours, très bien balisé, alterne pistes cyclables et petites routes partagées à faible trafic, traversant Obernai, Barr, Ribeauvillé, Kaysersberg, Eguisheim, Rouffach ou Guebwiller.

  • Distance totale : 170 km environ
  • Dénivelé positif cumulé : 1 470 m
  • Niveau : intermédiaire à confirmé (certaines côtes raides, dénivelés successifs, portions parfois étroites)
  • Durée : 3 à 5 jours recommandés, avec étapes-découvertes
À savoir : ce trajet se prête tout aussi bien à un vélo à assistance électrique, solution choisie aujourd’hui par près de 60 % des cyclos touristes sur ce secteur (donnée ADT Alsace 2022).

2. L’itinéraire Ribeauvillé – Colmar – Eguisheim, un condensé de l’âme alsacienne

Moins long, mais concentré en trésors, cet itinéraire d’une cinquantaine de kilomètres tisse le lien direct entre des villages emblématiques dont la renommée dépasse parfois les frontières. Au sud de Ribeauvillé, le chemin serpente entre vignes, maisons à colombages et panoramas ouverts sur les Vosges.

  • Distance : environ 52 km
  • Difficulté : accessible, quelques faux-plats et buttes
  • Le plus : idéale pour des boucles sur 1 ou 2 jours, avec des haltes dans les caves, marchés paysans et winstubs traditionnelles
Le passage par Colmar, élu deux fois « meilleure destination européenne » (European Best Destinations), puis Eguisheim, l’un des 5 « plus beaux villages de France » (source : Association Les Plus Beaux Villages de France), permet de vivre à la fois la ruralité vivante et la splendeur urbaine en version miniaturisée.

3. Les boucles courtes et familiales

Difficile de demander à de jeunes mollets ou à des néophytes de grimper les routes en lacets du Haut-Rhin… Pour les familles, la Route des Vins propose aussi des circuits balisés labellisés « Alsace à vélo », pensés pour la découverte douce et le plaisir :

  • Boucle de Mittelwihr – Hunawihr – Riquewihr : 12 km, très facile, très peu de circulation automobile, découverte de Hunawihr classé « villlage préféré des Français » en 2012, superbe jardin des papillons.
  • Tour autour de Barr et Andlau : 20 km, parfait pour découvrir le patrimoine viticole et les abbayes, très peu de dénivelé.
  • La Petite Reine autour de Sélestat : 31 km, balade champêtre alternant graviers, bitume et passages en forêt sur piste cyclable, bastions médiévaux au programme.

Par village et terroirs : focus sur les étapes incontournables et méconnues

Des étapes classiques, mais jamais lassantes

  • Obernai – Ville de caractère au patrimoine médiéval, offre un panorama rare sur le Mont Sainte-Odile. Nombreuses caves en centre-bourg, marché traditionnel le jeudi matin.
  • Kaysersberg – Elue « Village préféré des français » en 2017. Remarquable point de vue depuis le château impérial (10 minutes à pied du centre-ville). L’art des vignerons y est inscrit dans la pierre comme dans le verre.
  • Eguisheim – Disposition circulaire unique, ruelles fleuries, viticulteurs passionnés proposant souvent des dégustations spontanées même aux cyclistes.
  • Ribeauvillé et Hunawihr – Un duo où la culture du Riesling tutoie celle du muscat; ne manquez pas le Centre de Réintroduction des Cigognes à Hunawihr, pensé aussi pour les familles cyclistes.

Des haltes insolites, pour sortir du lot

Certains recoins de la Route des Vins récompensent les curieux ou les flâneurs :

  • Bergheim – Entouré de remparts d’époque, ce bourg médiéval invite à s’arrêter, notamment lors du Festival du Gewurztraminer chaque été.
  • Westhalten – Connu pour la richesse de ses terroirs (Kreuzfeld, Zinnkoepflé…), il est au cœur de ce que la géologie appelle une « fenêtre de calcaires et marnes » inédite en Alsace (source : BRGM).
  • Guebwiller – Point de rencontre des routes des vins et de la route romane, mêle architecture remarquable et caves aussi atypiques qu’accueillantes.

Conseils, logistique et bonnes pratiques pour cyclistes sur la Route des Vins

  • Se repérer : la signalétique officielle « Véloroute du Vignoble » est constituée de panneaux verts EuroVelo 5 ; les offices de tourisme proposent des cartes gratuites (papier ou PDF).
  • Matériel : privilégier un VTC ou un vélo gravel pour la polyvalence ; opter pour VAE pour s’affranchir des côtes. La majorité des villages offrent des bornes de recharge gratuites (Alsace à vélo).
  • Train + vélo : TER Grand Est accepte sans supplément les vélos sur la quasi-totalité de ses lignes longeant la Route des Vins (notamment Strasbourg – Sélestat – Colmar – Mulhouse ; infos sur SNCF TER GE).
  • Quand partir ? D’avril à septembre pour la meilleure fenêtre météo ; en octobre pour l’ambiance des vendanges (avec parfois de légères restrictions d’accès routier dans les communes).
  • Respecter les villages : dans certains bourgs, les vélos sont à pousser dans les ruelles aux heures de forte affluence (Colmar, Riquewihr, Eguisheim notamment).
  • Recharger ses gourdes : la majorité des fontaines sont potables, sauf indication contraire.

Entre vignobles, grès et traditions : anecdotes et richesses naturelles

L’un des charmes discrets de la Route des Vins à vélo, c’est l'accès à des parcelles parfois invisibles en voiture : abbayes cachées au détour d’un sentier, chapelles de vignerons, lavoirs publics où l’on devine encore l’écho des histoires du village. À Wettolsheim, par exemple, le circuit croise plusieurs crus d’exception classés Grand Cru, dont le « Steingrubler », l’un des plus anciens recensés (mentionné dès 1534 dans les archives communales – source : archives de la commune de Wettolsheim).

Au-delà du vin, c’est tout un écosystème que l’on découvre : milans royaux planant sur les vignes, orchidées rares dans la Réserve Naturelle de l’Altenberg de Blienschwiller, cigognes curieuses qui toisent les cyclistes du haut de leurs nids. Selon la LPO, la Route des Vins compte aujourd’hui plus de 280 couples de cigognes nichant entre Marlenheim et Thann !

Plus inattendu, en 2021, une enquête du Ministère de la Transition Écologique a montré que l’Alsace figure parmi les trois régions françaises où la part des déplacements cyclables a progressé le plus vite ces dix dernières années. Ce dynamisme explique la multiplication des initiatives, comme les hébergements labellisés «Accueil Vélo» (plus de 310 le long de la Route des Vins – chiffres Alsace Destination Tourisme 2023), la création de festivals vélos (SlowUp Alsace attire chaque année plus de 35 000 participants) ou les événements de mai à septembre où communes ferment la circulation aux voitures le temps d’une journée dédiée aux deux-roues.

L’esprit vélo sur la Route des Vins : diversité, partage et lenteur joyeuse

La Route des Vins d’Alsace à vélo n’est pas qu’une balade champêtre. C’est une immersion dans un art de vivre où la rencontre n’est jamais fortuite, où la nature tutoie le patrimoine, et où la découverte des saveurs s’accompagne d’un profond respect pour les villages traversés. Chacun peut y trouver son rythme, des longues traversées sportives aux flâneries contemplatives en famille. Se laisser porter, c’est aussi accepter l’imprévu : un vigneron qui propose une dégustation improvisée à l’ombre d’un pressoir, un marché en plein air, un concert impromptu sur la place d’un hameau. En pédalant sur ces routes, le voyageur s’autorise la vraie rencontre avec l’Alsace, celle qui ne se livre jamais tout à fait d’un seul regard. Que le vent soit léger ou qu’il emporte dans la mémoire, il sera toujours une invitation à revenir, autrement, pour d’autres découvertes et d’autres saisons sur la Route des Vins.

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